Manger répond à un besoin biologique primaire, qui mobilise tout notre corps depuis notre plus tendre enfance. Telle une machine, il a besoin d’essence pour fonctionner. Et lorsque ses réserves d’énergie sont basses, il nous alerte clairement de différentes manières : par des maux de tête, une sensation de fatigue, des vertiges, de l’irritabilité, des crampes dans le ventre… Autant de manifestations physiques, variables d’une personne à l’autre, mais le message est passé, et on se dit « j’ai faim ! ».
Mais parfois, ce fonctionnement auto-régulé est court-circuité.
De quelle façon ? Imaginons à bord de notre machine, deux contrôleurs.
Le contrôleur biologique : il surveille les stocks d’énergie nécessaires au bon fonctionnement de notre corps, de notre tête et de notre cerveau. Il assure le réapprovisionnement en envoyant des signaux d’alerte de manque (que sont les manifestations physiques vues plus haut) afin que nous mangions. Une fois repus, les signaux cessent de clignoter, le calme revient et nous poursuivons nos activités. Son objectif : assurer le bon fonctionnement, la survie et l’équilibre de notre précieuse machine.
Le contrôleur émotionnel : sa préoccupation première ? Éviter tout mal-être interne : anxiété, stress, sentiment de solitude, sensation de vide… Il se fiche éperdument de savoir si notre estomac est plein ou s’il crie famine. Le bon fonctionnement et l’équilibre de notre machine lui importent peu. Son objectif : chasser, contourner, éviter tout ressenti émotionnel intense, toutes pensées incessantes pour retrouver la plénitude et le plaisir le plus rapidement possible.
Un conflit s’installe entre les deux contrôleurs, en raison du piratage du contrôleur émotionnel. Il détourne et utilise pour son propre compte le fonctionnement auto-régulé et bien huilé du système biologique. Dès lors, la nourriture ne sert plus à répondre à une sensation de faim mais les signaux d’alerte visent à réduire une souffrance, un sentiment d’ennui… Et les alarmes des contrôleurs se trouvent ainsi emmêlées.
Dès le parasitage des circuits en place, nous avançons vers l’alimentation émotionnelle avec des comportements alimentaires troublés.
Pourquoi ? Parce que notre cerveau va traiter en priorité l’urgence émotionnelle à celle biologique. Notre rapport à la nourriture se trouve dès lors déréglé.
L’alimentation émotionnelle : je mange copieusement sans pouvoir me stopper
Est-ce que je mange pris par une faim de loup ou une faim de stress ?
Est-ce que je m’attable parce que mon ventre « gargouille » ou parce que je suis pris(e) par un besoin irrépressible de manger ou de grignoter?
Est-ce que je mange par faim ou par automatisme ?
Ai-je la sensation de manger ou de me remplir ?
Est-ce que je mange pour calmer ma colère qui monte, monte et risque d’éclater ?
Nous mangeons avec excès, parfois sans goût, ni saveur. Nous consommons ce qui est à notre portée sans parvenir à nous arrêter. Pourquoi ? Parce que notre cerveau, parasité, nous envoie des informations erronées : la nourriture « te fait du bien ». « Elle te calme et apaise tes émotions et tes états de tensions ». Et il nous pousse dans cette voie de l’alimentation émotionnelle. Dès lors, nous cherchons, bien souvent inconsciemment, à calmer une colère, à réduire le bruit mental dans la tête, à apaiser le flux incessant de pensées ou atténuer une sensation de manque ou un sentiment de solitude… mais ce n’est pas la mission de la nourriture.
L’alimentation émotionnelle : je perds l’appétit et je contrôle ce que je mange
Est-ce que je stresse à l’approche d’un repas ?
Est-ce que manger certains aliments me fait peur ?
Est-ce que soudainement je n’aime plus, je ne veux plus de certains aliments ?
Est-ce que je me pèse, ou pèse mes quantités, par crainte de prendre du poids ?
Toutes nos actions quotidiennes visent à diminuer, réduire, éviter la nourriture. Nous craignons de manger. Nous luttons, nous « tenons bon » et notre cerveau intègre là une sorte de force, de victoire. Alors, il nous pousse à davantage de restriction puisqu’il perçoit du « plaisir ». Les signaux biologiques sont systématiquement repoussés et placés sous contrôle. Mais parfois, c’est plus fort que nous, l’envie de manger exerce une pression et nous craquons. Nous mangeons en quantité, et très vite, nous reprenons le contrôle avec des comportements compensatoires pour ne pas garder la nourriture dans notre corps. La vraie victoire n’est-elle pas de démêler les alertes pour sortir de l’alimentation émotionnelle ?
Quelle est finalement notre quête véritable dans les troubles alimentaires ? Celle de nous apaiser, de calmer le brouhaha intérieur, la sensation de manque, les émotions envahissantes et, enfin, retrouver la sérénité ?
Mais la nourriture ne remplira jamais cette fonction. En revanche, vous pouvez choisir de démêler ces alarmes afin que la nourriture et les émotions retrouvent leurs fonctions respectives, mais aussi que vous, vous retrouviez un rapport apaisé à vous même.

